Un G20 agricole ambitieux ? Pas sur !

Un G20 agricole ambitieux ? Pas sur !

Ces 22 et 23 juin, un sommet des ministres de l’Agriculture du G20 se tient à Paris. A cette occasion, le CSA, Oxfam-Solidarité, le CNCD-11.11.11 et SOS Faim réagissent.

Ces 22 et 23 juin 2011 verront les ministres de l’agriculture du G20 se réunir pour s’attaquer à l’une des trois priorités de la présidence française du G20 : la lutte contre la volatilité des prix agricoles. La présidence française du G20 se dit ambitieuse dans la lutte contre la crise alimentaire mondiale.

Pourtant, si l’on mesure l’ambition de ce G20 au contenu des éditions passées, on ne peut qu’être sceptique. Le G20 de 2009 s’était déjà penché sur la question de la crise alimentaire mais sans vraiment rien décider et avait annoncé, le mot est important, la création d’un fond de 20 milliards de $ pour soutenir la sécurité alimentaire des pays à faibles revenus. Le G20 de 2010, s’était lui aussi ému des effets de la volatilité et avait lancé un programme de sécurité alimentaire qui recyclait en fait celui de 2009 en le dotant enfin d’un financement, mais minime. Cela fait donc déjà trois ans que l’on parle de crise alimentaire et volatilité, mais les mesures qui permettront d’endiguer les causes de la crise se font attendre.

En effet, si l’on mesure l’ambition de ce G20 agricole face aux changements nécessaires pour sortir de la crise, il est, pour utiliser un langage diplomatique, extrêmement modeste. Dans un langage courant, on dira qu’il touche à la marge, sans reconnaître que le système agricole et alimentaire mondial doit changer pour répondre à l’enjeu de nourrir la planète.

Laver les vitres ne permet pas d’éviter le chaos En effet, le programme de ce G20 agricole est essentiellement orienté sur une amélioration des informations de marché et sur une plus grande transparence des activités financières sur les marchés agricoles. Si ceci est nécessaire, c’est loin d’être suffisant.

D’une part, il faut permettre aux pays d’avoir l’espace politique pour mener des politiques de prix qui limitent la volatilité des prix agricoles et les stabiliser dans l’intérêt général à un niveau adéquat. Lorsqu’ils sont trop bas, comme ils l’ont été depuis plus de 20 ans, ils condamnent les paysans à la faim et à la misère. Lorsqu’ils sont hauts, les plus pauvres sont contraints à moins manger, et les paysans pauvres à vendre leurs terres à des entreprises agricoles que la libéralisation a rendus de plus en plus puissantes et qui voient l’agriculture d’exportation comme une activité très rentable. Cette volatilité est d’autant plus renforcée par un modèle agricole dépendant du pétrole dont les prix sont aussi de plus en plus volatiles. Pour stabiliser les prix, le G20 doit réinstaurer des mesures, telles que les stocks régulateurs, des mesures de régulation des importations et de la production. Ceci implique également de redonner la priorité à la production destinée aux marchés locaux et enfin, il faut prémunir la spéculation en garantissant une séparation entre les marchés agricoles des marchés financiers.

D’autre part, il est également nécessaire d’aborder l’iniquité de notre système alimentaire caractérisée par une demande excessive d’une minorité et l’exclusion du droit de se nourrir d’un milliard de personnes, alors que nous enregistrons une pression croissante sur nos ressources naturelles. Démanteler les politiques de soutien aux agrocarburants contribuant à la volatilité et à la crise alimentaire doit être une priorité pour le G20. Enfin, les marchés ne peuvent pas à eux seuls déterminer le système alimentaire mondial. Il doit être encadré par des politiques fortes et une gouvernance mondiale qui implique celles et ceux qui sont victimes de la crise alimentaire, les organisations de producteurs et de consommateurs. Bref, un vrai projet ambitieux. Or ces mesures ne sont pas du tout envisagées dans le G20 agricole qui s’annonce.

Sans politiques agricoles qui soutiennent et protègent l’agriculture familiale, les pays en développement s’enfoncent dans une dépendance au marché mondial, forcément volatile alors qu’ils pourraient nourrir leur population.

On ne peut pas vouloir s’attaquer à la volatilité des prix agricoles parce qu’elle menace l’agriculture et la sécurité alimentaire et laisser en place un modèle agricole basé sur la compétition internationale et la concentration de la terre, de la production, de la transformation et de la distribution aux mains de quelques multinationales qui font la pluie et le beau temps.

Il est nécessaire de changer de cap. Il s’agit non pas de voir les petits producteurs alimentaires comme victimes d’un système qui tourne fou, mais comme acteurs de solutions. Il est dès lors urgent d’investir dans des agricultures paysannes, agroécologiques, qui garantissent aux producteurs l’accès à la terre, à l’eau, aux semences, aux marchés locaux, aux stocks collectifs et publics et aux savoirs. Un modèle basé sur les organisations paysannes et les attentes des consommateurs et pas sur les intérêts de l’agro-industrie. Ce modèle est le seul qui peut préserver l’environnement et produire assez de nourriture et de revenus pour sortir chaque sous-région du monde de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. Si l’on choisi ce projet ambitieux, on pourra alors regarder la volatilité des prix des marchés internationaux avec la sérénité de celui qui en dépend le moins possible.

Signataires Stéphane Desgain, CNCD-11.11.11 Virginie Pissoort, SOS Faim Thierry Kesteloot, Oxfam-Solidarité Daniel Van Der Steen, CSA

Source : tribune publiée le 22 juin dans La Libre


Ministérial declaration G20 23/6/11 (PDF - 199.3 ko)

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