Document de plaidoyer des ONG belges sur l’agriculture dans le cadre de la présidence européenne de 2010

Document de plaidoyer des ONG belges sur l’agriculture dans le cadre de la présidence européenne de 2010

Fiche Souveraineté alimentaire et agriculture durable Les recommandations politiques Présidence belge de l’union européenne 2010

La crise alimentaire de 2007-2008 s’est accompagnée d’autres crises : économique, financière, énergétique, climatique, de ressources naturelles. Même si, malgré les nombreuses déclarations, les prix agricoles sur les marchés internationaux ont fortement diminué, la faim dans le monde a atteint des niveaux incomparables. Plus d’un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de faim chronique, ce qui revient à tourner complètement le dos au premier Objectif du millénaire pour le développement qui vise à réduire de moitié la malnutrition pour 2015.

Le constat est amer : les causes profondes sont restées sans réponses. Parmi les principales, nous retrouvons : la libéralisation des marchés des produits agricoles, le désinvestissement public pendant plus de deux décennies dans l’agriculture des pays en voie de développement, la diminution de la part de la politique de développement destinée à l’agriculture, l’engouement pour les agrocarburants et la spéculation sur les marchés des produits agricoles.

Conséquences : quand les prix à la ferme sont très bas, des centaines de millions de petits producteurs, vendeurs de produits agricoles, sont trop appauvris pour manger à leur faim ; quand les produits agricoles sont vendus à des prix très hauts aux ménages, ce sont des centaines de millions de consommateurs, acheteurs pauvres, qui ont faim à leur tour. Au premier rang desquels on trouve les paysans pauvres, les travailleurs agricoles, les chômeurs et les salariés mal payés.

Par ailleurs, l’accès aux ressources naturelles devient source de conflits croissants. Malgré leur rôle fondamental dans la production vivrière, les femmes bénéficient encore trop peu souvent des droits nécessaires en termes d’accès et surtout de contrôle de ces ressources.

L’enjeu du changement climatique est énorme, étant donné l’extrême vulnérabilité de l’agriculture : son impact global sur la production agricole renforce l’insécurité alimentaire, en particulier pour les personnes les plus vulnérables. Et l’accaparement des terres fertiles de nombreux pays pauvres par des pays pétroliers, des fonds financiers et d’autres ne fait qu’accentuer les inégalités sur le plan du droit à l’alimentation, tout en montrant une perte de confiance dans le fonctionnement du marché agricole mondial.

Malgré tout, une volonté politique se dégage pour remettre l’agriculture au centre du développement et de la lutte contre la pauvreté. Celle-ci doit se traduire par des engagements à long terme.

Les politiques agricoles, commerciales et de coopération n’ont pas réussi à relever les défis du droit à l’alimentation, ni à éradiquer la pauvreté rurale, à stabiliser les marchés, à promouvoir les investissements nécessaires à l’agriculture, à gérer les ressources naturelles de manière durable, à assurer l’égalité entre femmes et hommes. C’est pourquoi nous demandons :

1. DE RENFORCER LA PLACE DE L’AGRICULTURE DANS LA POLITIQUE DE COOPERATION AU DEVELOPPMENT DE L’UNION EUROPEENNE

Pour la plupart des pays en voie de développement et en particulier ceux d’Afrique, l’agriculture reste toujours le secteur économique le plus important. La croissance économique créée par l’agriculture est quatre fois plus efficace pour diminuer la pauvreté que celle générée par les autres secteurs économiques. Après avoir poussé pendant des décennies à la diminution de l’investissement public dans l’agriculture, la Banque mondiale appelle dans son World Development Report 2008 les donateurs à prêter plus d’attention à l’agriculture des pays en développement.

Pour atteindre cet objectif, la part de l’agriculture dans la coopération européenne doit au minimum atteindre l’engagement pris par la Belgique de consacrer 15% du budget total de coopération au secteur agricole.

Mais au-delà des montants, il s’agit d’orienter ces budgets vers l’agriculture familiale durable destinée à la production alimentaire locale et régionale, basée sur des systèmes de production familiaux, diversifiés et agro-écologiques. Ces investissements doivent être conçus, mis en œuvre et évalués avec les organisations paysannes et cela, dans un cadre reconnaissant leur rôle et leurs responsabilités comme acteurs de concertation avec les autorités et les autres acteurs concernés. Cette participation des organisations paysannes est une condition à la réussite du CAADP (Comprehensive Africa Agriculture Development Programme) afin que les politiques agricoles ne soient pas le seul fait des gouvernements. Leur définition et leur mise en oeuvre doivent se faire en dialogue avec le secteur. Reconnaître les organisations paysannes ne suffit pas, il faut aussi renforcer leurs capacités par des financements importants et stables leur permettant d’assumer pleinement leur rôle et leurs responsabilités en toute légitimité.

Il faudra également veiller à soutenir et renforcer les capacités des femmes et de leurs organisations, compte tenu du rôle prépondérant qu’elles jouent dans l’agriculture familiale.

2. DE METTRE LES POLITIQUES COMMERCIALES ET AGRICOLES EN COHERENCE AVEC LES OBJECTIFS DE COOPERATION.

La politique agricole européenne doit répondre aux attentes des agriculteurs et des citoyens européens en tenant compte des intérêts des agriculteurs et des citoyens des pays du Sud.

Pour y arriver nous demandons d’orienter la politique agricole européenne vers un modèle d’agriculture familiale durable où les prix agricoles permettent aux producteurs de vivre, où la production est régulée par une gestion de l’offre qui maîtrise la production et les exportations, où la production locale et durable d’oléo-protéagineux est soutenue pour réduire notre dépendance en protéines végétales, où les bonnes pratiques environnementales sont renforcées, où les stocks alimentaires stratégiques sont renforcés, où la spéculation financière sur les marchés à terme agricoles est interdite.

Les politiques commerciales ou énergétiques ne peuvent menacer la souveraineté alimentaire des populations et des Etats du Sud en imposant une libéralisation des marchés agricoles ou en poussant à des cultures d’exportation. Les Accords de partenariat économique sont ici clairement en question puisqu’ils limitent encore un peu plus l’espace politique nécessaire pour protéger le secteur essentiel de l’agriculture. Afin d’éviter de menacer la souveraineté alimentaire, l’Europe devrait au contraire soutenir des politiques de protection des marchés contre les importations alimentaires à bas prix (contingentement, droits de douane variables) et instaurer des procédures d’évaluation indépendantes des impacts des politiques du Nord sur l’agriculture familiale durable dans les pays en développement.

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