Pêche et souveraineté alimentaire

Pêche et souveraineté alimentaire

Le film de Vincent Bruno « Une Pêche d’enfer » réalisé avec le CNCD-11.11.11 a maintenant deux ans d’existence. Il a été primé dans de nombreux festivals : Palm Spring International Festival of short films, Festival du court-métrage de Limoges, Aotearoa Environmental Film Festival et plus près de chez nous il était au Festival International eau et cinéma de Verviers. Mais qu’en est-il de la situation de la pêche en 2008 ? La surpêche a-t-elle été enraillée ? L’union européenne a-t-elle cessé ses pressions pour accéder aux ressources des pays ACP ? Les pays du Sud sont-ils arrivés à défendre leurs mers face aux ambitions européennes et chinoises ? Où en sont les résistances citoyennes des collectifs et associations de pêcheurs ?

Retrouvez l’interview de Béatrice Gorez de la Coalition pour des Accords de Pêche Equitables (CAPE) sur le film. Elle y répond aux questions concernant les pressions européennes sur les pays les plus pauvres et sur le sens d’exporter dans des pays où la population souffre de carences en protéines animales.

Quelques questions d’actualité :

Le film du CNCD-11.11.11 « Une pêche d’enfer » a-t-il tord de dénoncer les accords de pêche puisque la pêche traditionnelle menace, elle aussi, l’environnement ?

Il est vrai que la pêche traditionnelle pose de plus en plus de problème et est même récemment passé devant la pêche industrielle comme cause de diminution des ressources en poisson dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. L’absence de contrôle de l’accès à la pêche traditionnelle est à l’origine de cette situation mais elle ne contredit pas les luttes des organisations de pêcheurs et les ONG vis-à-vis des accords de pêche signés avec l’europe. En effet, Si en février 2008 le Conseil National Interprofessionnel de la Pêche Artisanale au Sénégal a soulevé le problème, il a rappelé que vu cette situation il y a avait encore moins de sens de signer des accords de pêche avec l’union européenne puisqu’ils renforcent encore la pression sur les ressources halieutiques et sur l’environnement.

Mais plus fondamentalement ce que reproche la majorité des organisations de pêcheur c’est l’absence d’une véritable politique de la pêche qui met la priorité sur la consommation locale avant l’exportation. Ces politiques devraient inclure des projets d’appui et de contrôle de la pêche artisanale, l’interdiction des méthodes de pêches destructives comme la pêche à l’explosif et l’éradication de la pêche illicite non déclarée. Enfin ces politiques devraient financer des d’études fiables sur les stocks de poisson, le maintient des compétences au service de tous au lieu de voir la majeure partie des chercheurs partir vers les ONG ou le privés. On retrouve ici le parallèle avec le secteur agricole et la souveraineté alimentaire qui passe partout par des politiques de régulation fortes et ambitieuses à mille lieux de la régulation par les marchés.

Le film « Une pêche d’enfer » ne parle pas de la pêche illégale, Pourquoi ?

« Une Pêche d’enfer » dénonce les accords de pêche parce que l’Union européenne les présente d’habitude comme des accords gagnant - gagnant. Pour nous le poisson où la demande est grande, comme s’il n’y avait pas de besoin non satisfait en Afrique ?! et pour eux des rentrées d’argent. Il est donc plus difficile de les critiquer puisqu’ils sont présentés comme une source importante de financement pour les gouvernements du Sud exsangues. Le film a fait le choix de s’attaquer au point le plus difficile, critiquer les accords de pêche c’est implicitement critiquer la pêche illégale puisqu’elle est un vol pur et simple. D’autre part personne ne défend la pêche illégale même si l’Europe a mis beaucoup de temps à commencer à s’y attaquer. Les bateaux européens qui ont pillé les mers des pays les plus pauvres déchargeaient et continuent encore de décharger sans problème le produit de leur pêche dans les plus grands ports européens. Les pertes sont importantes et représentent 800 millions d’euro pour les pays côtiers d’Afrique subsahariens soit un montant supérieur à l’aide destinée au secteur de la pêche.

Qu’est-ce que l’Union européenne à mis en place pour lutter contre la pêche illégale ?

En février 2008 plusieurs experts du sud ont été auditionné au parlement européen sur la pêche illégale, ils ont insisté sur le manque de moyens efficaces de surveillance : quelques vaisseaux seulement, dont la répartition sur plusieurs pays empêche de mener des actions vraiment coordonnées et ne sont pas capable de surveiller des bateaux usines. De plus actuellement les mesures de lutte contre la pêche illégale ne couvrent pas les activités des flottes européennes qui sont sous les accords de pêche, c’est à dire les 600 bateaux européens qui sont autorisés à pêcher mais qui ne respectent pas nécessairement le cadre réglementaire, types de poissons, taille, période de pêche,…

La politique de l’Union européenne a-t-elle changé concernant les accords de pêche ?

L’Union européenne continue de chercher des accords avec les pays ACP pour ses pêcheurs. Pour donner l’impression que les nouveaux accords sont plus altruistes, l’UE les a baptisés accords de "partenariat" et les 600 bateaux européens qui bénéficient de ces partenariats sont annoncés comme des bateaux qui ne vont pêcher que des stocks que les pays tiers ne peuvent exploiter eux-mêmes. Rien ne change donc vraiment, l’union s’engage juste à mieux pêcher et surtout elle base toute son argumentation sur le fait qu’elle se focalise sur les surplus. Mais ou sont les surplus dans des mers qui sont partout surexploité ? pour nous faire oublier cette question gênante on rivalise d’ingéniosité en communication. Mais certaines difficultés se présentent déjà, avec la Mauritanie, pourtant l’exception puisqu’elle regorge de poulpe et que la population n’a pas l’habitude d’en consommer. Même avec ce pays les pêcheurs locaux et étrangers se disputent la même ressource pour la vendre aux pays asiatiques.

Début 2008, la commission continue d’essayer de signer des accords de pêche avec l’Ile Maurice, le Sénégal, la Sierra Léone et le Libéria. L’accord signé en février 2008 avec la Guinée Bissau inclut, pour la première fois, le détail des objectifs et indicateurs qui devraient permettre d’évaluer la qualité de l’aide à la pêche durable. Mais il est pour l’instant trop tôt pour dire si ces indicateurs permettront d’affirmer que les compensations financières payées par l’UE en échange du droit à pêcher dans leurs eaux sont suffisantes.

Au final il faut bien reconnaître que l’Union européenne a bien du mal à refreiner l’appétit des entreprises privées comme le montre l’exemple de la compagnie Atlantic Dawn. Basée en Irlande, la compagnie Atlantic Dawn souhaite envoyer en 2008 au large de l’Afrique de l’Ouest un nouveau chalutier congélateur, le Johanna Maria, un bateau de 119 m d’origine néérlandaise et nouvellement repavillonné en Irlande. L’entreprise espère envoyer le bateau en Mauritanie, deux ans après que l’Atlantic Dawn ait été banni des eaux mauritaniennes pour cause de surpêche il faut dire que le plus grand chalutier du monde est le symbole d’un projet politique allant dans le mur. Pour les tenants de ces projets basés des technologies puissantes, il faut être à la pointe de la compétition pour assurer l’avenir du secteur. Pour y arriver, il faut assurer des gros profits aux investissements privés et aller chercher des subventions pour quelques emplois créés. Il est pourtant évident qu’avec un bateau de 144 m de long, des filets de plus de 1 000 m de circonférence, une profondeur de 165 m et une capacité à congeler 300 tonnes de poisson par jour les stocks de poisson des côtes africaines peuvent trembler.

L’Europe doit donc impérativement tenir compte de la nécessité d’aider ses pêcheurs à une reconversion vers une pêche durable. C’est la seule façon de sortir de la politique actuelle qui compter sur les ressources des autres et en particulier des plus pauvres pour ne pas prendre les décisions qui coûteront au budget européen. Mais ne veut-il pas mieux un effort fiscal collectif qui devrait peser sur les plus riches européens, plutôt que de piller le sud et détruire les mers de la planète. Pour prendre la mesure des aides publiques nécessaires, en Espagne, un pays qui dépend beaucoup de la pêche lointaine, environ 90 bateaux ont dû désarmer entre 2000 et 2001 à cause de l’interruption de l’accord de pêche avec le Maroc qui comme tous les autres pays voulait que ses ressources halieutiques profitent en premier lieu à son économie et à sa population.

Quels sont les décisions prises par les pays du Sud pour protéger leurs mers ?

A Madagascar ou la pêche à la crevette ne cesse de diminuer et le gouvernement a décidé de réduire de 20% l’effort de pêche.

En Ouganda le Ministère de la Pêche a lancé une initiative nationale pour décourager et stopper la pêche illicite. Suite à la demande croissante en poissons de la part de pays européens, de nombreux lacs ougandais sont surpêchés, par des gens qui utilisent des filets ne répondant pas aux nomes, ou bien qui utilisent du poison pour tuer de grandes quantités de poissons.

Les pays du Pacifique Sud ont banni le chalutage dans une zone importante de la mer parce que le chalutage est la pêche qui cause le plus de dégât. Ces bateaux qui pêchent la crevette ou le poisson capturent entre 10 et 20 fois plus de prises accessoires que d’espèce recherchée c’est à dire que les prises tuées, écrasées dans les filets et pour finir rejetées à la mer sont 10 à 20 supérieurs au prises ramenées à terre.

La Confédération des pêcheurs artisans du Chili, la plus grande organisation professionnelle chilienne vient de lancer une campagne visant à interdire la pêche au chalut le long des côtes chiliennes.

Mais tous les pays ne vont pas dans le même sens, le Maroc a décidé d’une nouvelle réglementation qui permet la diminution des mailles des filets et va encourager la pêche des juvéniles, ce qui pourrait conduire à l’épuisement du stock de poulpe.

Vaut-il mieux contrôler la pêche en Europe ou dans les pays du Sud ?

Pour y répondre, il est plus simple de prendre le cas de la Mauritanie. Dans ce pays très riches en poissons, il n’y a pas de réel contrôle des captures des super chalutiers européens par faute de moyens. Les navires étrangers, pêchent des quantités importantes de poisson de haute valeur qu’ils ne peuvent normalement pas pêcher. Mais les inspecteurs mauritaniens n’ont pas les moyens de faire des contrôles efficaces à bord de ces immenses bateaux traitant des quantités de poissons inimaginables. L’Europe devrait sans doute déclarer en toute transparence ce qui est débarqué chez elle. Mais peut-elle être juge et partie ? De plus l’aide visant à donner au pays du sud les moyens de contrôler réellement leur ressource est comme par hasard d’une timidité légendaire. En attendant de véritables moyens de contrôle des pays du sud les accords devraient donc être revus au minimum à la baisse.

Le système des accords de pêche actuels se fait sur base du tonnage du bateau alors qu’il devrait aussi inclure la quantité et la qualité du produit pêché et la durée de pêche. Mais pour cela, il est indispensable d’avoir un contrôle au niveau des débarquements. Cela est actuellement impossible car la plupart des navires étrangers ne débarquent pas en Mauritanie mais directement en Europe ou en chine faute d’infrastructures suffisantes. C’est pour cela qu’au-delà de la revendication remettant en cause les accords de pêche les organisations de pêcheur et les ONG revendiquent auprès de leur gouvernement l’investissement dans de véritables ports et usines efficaces permettant d’imposer aux compagnies étrangères de débarquer localement le produit de la pêche.

Il n’y a pas que l’Europe qui pose problème en Afrique de l’Ouest, il y a aussi la Chine ?

Il est vrai que les deux régions qui pêchent dans les eaux africaines sont l’Europe et la Chine, mais comme La Chine est un des plus gros fournisseurs du marché européen en poissons provenant d’Afrique de l’Ouest, il n’est honnête intellectuellement de chercher à limiter notre responsabilité en parlant de la Chine. Il faut reconnaître que les tables européennes sont de plus en plus approvisionnées par des flottes mondiales qui épuisent les ressources des océans pour nous nourrir. Il faut donc diminuer notre consommation de protéine animale et en particulier de celle provenant des poissons d’autant plus que près de 50% du poisson vendu en Europe vient de pays en développement, et une grande partie vient de la contrebande, est capturé et transporté de façon illégale au-delà des limites données par des quotas gouvernementaux ou des traités.

un film toujours d’actualité ? oui en mars 2010 le jounaliste Madieng Seck de Walf Fadjri titrait le 31 mars : " Sénégal : De moins en moins de poissons"

- Maquereau et thon en déclin, Thiof en extinction, sardinelle surexploitée, sécurité alimentaire menacée, fermetures d’usines, etc., tels sont les maux qui gangrènent le secteur de la pêche au Sénégal, pays devenu de plus en plus dépendant de ses voisins pour sa propre consommation halieutique. Cette situation morose dans le secteur, chercheurs, administrateurs de pêche, experts, pêcheurs artisans et transformatrices l’ont diagnostiquée, fin mars, à Dakar. C’était à l’occasion d’une conférence-débat organisée par le Fonds national de recherches agricoles agroalimentaires (Fnraa). Le thème, "Les systèmes de pêche et la production halieutique au Sénégal : les enjeux et les perspectives".

en mars 2011 : Sénégal : La société civile et le secteur pêche se mobilisent contre l’octroi de 22 licences de pêche à des chalutiers russes Source : Gouassou Gueye, http://www.peche-dev.org/spip.php ?article519 Au cours d’une conférence de presse tenue ce 17 mars à Dakar, des représentants des organisations professionnelles de la pêche maritime sénégalaise, industrielle et artisanale, ainsi que des syndicats et organisations de consommateurs, ont dénoncé la présence dans les eaux sénégalaises de navires de pêche russes ciblant les petits pélagiques. Ces chalutiers pélagiques côtiers avaient déjà pêché dans les eaux sénégalaises de mars à mai 2010, ce qui avait mobilisé tout le secteur, industriel et artisan, car les autorisations de pêche avaient été délivrées dans des conditions totalement illégales, opaques et inopportunes. Cela avait empêché la régularisation de cette pêche illégale. Mais aujourd’hui, dénonce ce communiqué, une décision a été prise d’autoriser 22 de ces chalutiers pélagiques à pêcher dans les eaux sénégalaises.

01/04/11 Les marins et les observateurs sénégalais mettent en cause la pêche industrielle sénégalaise
- Les membres de l’intersyndicale des marins et du syndicat des observateurs de pêche du Sénégal estiment que la flotte industrielle sous pavillon sénégalais, représentée par le GAIPES, est à l’origine de la majorité des délits de pêche commis en mer. Un ancien inspecteur des pêches dénonce leurs pratiques de pêche au chalut et les méfaits de tels agissements sur l’écosystème marin. Il estime que "ces armateurs, qui sont exonérés de taxes à 100%, n’apportent rien au trésor public sénégalais, et violent en plus la directive signée par le chef de l’Etat qui les oblige à embarquer un observateur. Au contraire, ils récusent les observateurs et avec leurs techniques de pêche, écument les fonds des eaux sénégalaises avant de trier les espèces nobles qui sont destinées à l’exportation, puis de jeter tout le reste sur la mer". Il ajoute que le groupe Gaipes qui se dit « armateurs sénégalais » n’est en réalité qu’ « un prête-nom au service d’armateurs chinois et espagnols ».
- Le syndicat des marins ajoute que, depuis la suspension des licences octroyées à l’Union européenne, les marins sont maintenant embarqués sur les bateaux du Gaipes, et 150 marins sénégalais ont été débarqués sans droits. Pour plusieurs d’entre eux, les dossiers dorment au tribunal. C’est pourquoi les marins, par la voix de leur secrétaire général, ont refusé de se joindre à la lutte du Gaipes. Pour eux, le combat à mener est celui de la révision de la convention collective sur les conditions de travail. Sources
- Article de presse, Sud online, http://www.sudonline.sn/dissonances-en-haute-mer-----_a_2230.html#commenter

L’affaire des bateaux russes qui a défrayé la chronique durant le premier semestre de 2011 au Sénégal, risque de faire des vagues à la prochaine élection présidentielle 2012. Pêcheurs artisans et industriels, mais également groupements de mareyeurs, de transformatrices et de marins, se sont ligués pour combattre la politique maritime de Wade qui, depuis janvier 2010, accorde, dans la plus grande opacité, des autorisations de pêche à des chalutiers étrangers, russes notamment. Tous se sont entendus sur une chose : le vote sanction.

Source : Madieng Seck, AgriInfos n°46, 22 Septembre 2011, http://www.peche-dev.org/spip.php ?article646

Aquaculture ne peut résoudre le probleme de la surconsommation de poisson :Sur le marché français, les crevettes bio ont le vent en poupe. Importateurs, transformateurs et distributeurs « verdissent » leur catalogue avec les crevettes tropicales issues de l’aquaculture biologique. Derrière l’étiquette AB et le logo étoilé européen apposés sur l’emballage des crevettes tropicales biologiques, se cache une toute autre réalité…. En mangeant des crevettes bio d’Equateur, vous participez à la déforestation de la mangrove, à l’appauvrissement des communautés de pêcheurs et à la violation des droits humains, selon le témoignage édifiant de la Société suédoise de conservation de la nature (Swedish Society for Nature Conservation).

- Source : Philippe Favrelière
- Regards sur la pêche et l’aquaculture, 10 octobre 2011
- http://aquaculture-aquablog.blogspot.com/2011/10/aquaculture-biologique-crevette.html
- Samudra News Alert, 7 octobre 2011,
- http://www.naturskyddsforeningen.se/socalled-organicshrimpfarming

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