Non au betonnage des terres agricoles !

Non au betonnage des terres agricoles !

On peut vivre sans zoning, pas sans l’agriculture !

Dossier de presse

APPEL À L’ACTION ET À LA SOLIDARITÉ ! Nous appelons les les habitant-e-s de Perwez, de Wallonie, Bruxelles et de Flandre, à marquer leur solidarité envers les agriculteur-trice-s, en se joignant à nous de 10h30 à 16h00 ce 17 avril sur le chantier du pont au-dessus de la rue de l’intérieur à Perwez.

Par notre action, nous rappellerons pacifiquement la détermination d’une part croissante de la population à repenser nos modes de vie et à construire notre souveraineté alimentaire avec celles et ceux qui font vivre l’agriculture familiale et paysanne.

Plutôt que des routes et des zonings, nous avons besoin de mesures structurelles construites collectivement avec la société civile, protégeant les terres agricoles et la biodiversité, privilégiant l’agriculture familiale et paysanne, pour la défense de la souveraineté alimentaire des populations européennes.

www.luttespaysannes.be

Chantier de la route de contournement. Photo : Résap, mars 2017

« Mieux vaut abandonner un projet dommageable que de le mener à terme » Un agriculteur perwézien

Le chantier d’un pont, perdu au milieu des champs, s’est transformé en symbole pour huit agriculteurs en lutte contre le bétonnage de leurs terres. La construction d’une route et l’extension du zoning de Perwez menacent leurs champs, parmi les plus fertiles de Belgique. Dans le cadre de la journée mondiale des luttes paysannes, le Réseau de soutien à l’agriculture paysanne (RéSAP) se joint à leur combat, pour que l’agriculture ne soit pas sacrifiée au profit de la voiture.

Le projet de route et de contournement et d’extension du zoning de Perwez En 2007, André Antoine (CDH), alors ministre de l’Aménagement du territoire, présentait un projet d’extension de la zone d’activité économique (ZAE) de Perwez ainsi que l’idée d’une route de contournement de Thorembais. Le 7 juillet 2011, le ministre Philippe Henry a délivré le permis d’urbanisme pour la route de contournement.

Le projet de contournement vise à créer une liaison directe entre la RN29 (Chaussée de Tirlemont), à la hauteur de la sortie n°11 de l’E411 et la ZAE de Perwez. Le budget représente un total de 6 millions d’euros . Pour ne pas perdre le permis pour la voirie, d’une durée de cinq ans, le chantier devait démarrer avant le 1e mars 2017. La construction d’un pont, enjambant la rue de l’Intérieur, perdu au milieu de terres agricoles, a donc été entamée. A l’objectif de fluidifier le trafic sur les RN 29 et RN 243, vient se greffer celui d’agrandir le zoning de Perwez le long de l’axe nouvellement créé. De « route de contournement », le projet se fait progressivement appeler « route de l’emploi » . L’intercommunale du Brabant Wallon (IBW) prévoit un projet d’extension du zoning pour un total de 54 hectares .

Agrandissement prévu de la ZAE de Perwez. Photo : Transitec, 07/09 /2010 Terres agricoles menacées : la lutte des agriculteurs Huit agriculteurs se feraient ainsi exproprier d’une partie de leurs terres pour la construction de la route et l’extension de la ZAE. De plus, le projet de construire 5 bassins d’orage le long de ce tronçon de 3 km les laisse soupçonner qu’un bétonnage supérieur aux 54 hectares annoncés est prévu. En effet, les agriculteurs ont calculé que la surface des 3 km de la future route serait de 2,7 ha (environ 9m de large pour 2 voies et une piste cyclable). En comparaison, il n’y a que trois bassins d’orages prévus pour les 30 km d’autoroute entre Namur et Louvain-la-Neuve (8 bandes de circulations, soit 24m et largeur et environ 74 ha de surface totale).

En orange et rose, les terrains agricoles voués à être bétonnés, issu de l’étude de Transitec réalisée en 2010.

Pour fluidifier le trafic, des alternatives moins coûteuses et requérant moins d’expropriations seraient réalisables. Certaines d’entre elles – comme celle consistant à faire un bipasse de la N29 en direction de Perwez au rond-point dit de « La ville de Wavre » – ne permettraient pas un nouvel accès direct à la ZAE. Pour pallier à cela, les agriculteurs et l’opposition communale ont proposé une alternative utilisant des routes déjà existantes reliant la ZAE à l’autoroute, en réduisant l’impact sur l’environnement et les terres agricoles. Cette option, consistant à emprunter les routes reliant la N243 à l’aire de repos d’Aische-en-Refail, a d’abord été refusée par André Antoine qui la jugeait infaisable techniquement. Une étude comparant cette alternative (tracé 2) à la proposition d’André Antoine (tracé 1) a été effectuée par Transitec en 2010. Elle n’a pas soulevé l’infaisabilité technique du tracé 2, mais s’est prononcé en faveur du tracé 1. Cette conclusion parait paradoxale, puisqu’on y lit que « à l’heure de pointe du matin comme à celle du soir, le rond-point Nord de l’échangeur de Thorembais-Saint-Trond sera saturé en cas de tracé 1 » . Rappelons que la principale raison d’être de cette route serait de fluidifier le trafic. L’impartialité de l’étude a été mise en doute par les agriculteurs, car lors d’un échange avec un fonctionnaire du ministère de l’agriculture (qui préfère garder l’anonymat), celui-ci leur a admis avoir interrogé Transitec à ce sujet, et obtenu pour réponse : « Nous sommes obligés d’aller dans le sens du politique ».

Comparaison des deux tracés à l’heure de pointe à l’horizon 2020, issu de l’étude de Transitec réalisée en 2010

Le bétonnage des surfaces agricoles à Perwez serait d’autant plus dommageable qu’elles se trouvent en région limoneuses, où les terres sont « les meilleures et les plus fertiles » .

Gilbert Mandelaire, un agriculteur, déclarait à la RTBF en 2016. « Ce n’est pas simplement le tracé de la route qui fait des dégâts. C’est aussi tout ce qu’il y a à côté de la route. Par exemple : un champ de 10 hectares va se voir découpé en cinq parcelles avec des triangles un peu partout. Ce sont des terres que l’on ne pourra plus louer. Ça représente une perte énorme ! » Le 15 novembre 2011, les huit agriculteurs concernés ont introduit au Conseil d’Etat une requête en annulation contre le permis d’urbanisme, mais celui-ci a estimé que les moyens invoqués n’étaient pas suffisants et a validé le permis le 13 mars 2013. Les agriculteurs ont ensuite porté plainte au tribunal de première instance de Nivelles, dénonçant un non-respect des délais accordés par le permis d’urbanisme, mais ont perdu le procès. Le juge a ensuite voulu les attaquer pour faits dilatoires et vexatoires. Les agriculteurs ont renoncé à faire appel, car la procédure n’entraînant pas la suspension du chantier, une éventuelle victoire serait arrivée trop tard, une fois la route construite.

Mobilisation du 17 avril Fin 2016, ce cas est porté à la connaissance du Réseau de soutien à l’agriculture paysanne (RéSAP) par une de ses organisations membres : la Fédération Unie de Groupements d’Eleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA). Bernard Raucent, un des agriculteurs menacé d’expropriation, explique aux membres du Résap venus lui rendre visite : « Cette mobilisation est pour nous le dernier recours ». Les agriculteurs de Perwez veulent sensibiliser la population locale à cette problématique qui les touche directement et l’amener à se mobiliser. Aussi, ils souhaitent qu’une contre-expertise soit effectuée. Adopter une option alternative pour fluidifier le trafic reviendrait à abandonner les travaux entamés, mais comme le souligne un agriculteur concerné « mieux vaut abandonner un projet dommageable que le mener à terme ».

Le RéSAP souligne que le problème de l’artificialisation des sols agricoles en Belgique n’est malheureusement pas limité à Perwez. Alors que les Pays-Bas ont une densité de population plus importante, 3,8 ares sont urbanisés par habitant, contre 6,7 en Wallonie. Avec ses 23,5 m de route par habitant, la Wallonie explose la moyenne européenne qui se situe à 9,5 m. Le ministre Di Antonio déclarait : « Il y a un trop grand attrait pour les zones agricoles par les intercommunales » , en précisant que le plan ZAE de Prévot prévoyait de subsidier davantage les intercommunales agrandissant les ZAE sans empiéter sur les zones agricoles. Bétonner des terres fertiles de Perwez est d’autant plus absurde que des zones dont les aménagements passés ne permettent plus une activité agricole se trouvent à moins de 20km, où une redynamisation de l’économie locale serait particulièrement nécessaire. Les organisations membres RéSAP soutiennent une pétition pour “un moratoire sur les terres agricoles de Wallonie” , à l’instar de l’Initiative Européenne “People 4 Soil” signée par plus de 400 organisations à travers l’Europe ou encore “L’appel du sol” en France.

Occupation des terres en Belgique entre 2001 et 2008. Source : FUGEA L’impact global d’un projet du passé

Les agriculteurs belges sont en difficulté. En moyenne, depuis 30 ans, ce sont 43 fermes qui disparaissent chaque semaine. Les amputer d’une partie de leurs terres ne les aidera certainement pas à avoir des conditions de travail dignes. C’est pourquoi cette mobilisation se réalise dans le cadre de la journée mondiale des luttes paysannes, qui se tient en mémoire du massacre de 19 paysans sans terre le 17 avril 1996 au Brésil , et qui chaque année rappelle la nécessité de défendre l’agriculture paysanne et familiale, qui nourrit les populations locales.

En plus d’un impact néfaste sur l’agriculture locale, l’artificialisation de ces surfaces entraînerait des dommages environnementaux. Suite à son extension, la ZAE avoisinerait le bois du Pré du Duc, site de grand intérêt biologique (SGIB) qui abrite plusieurs espèces animales dont le hibou des marais, rare en Wallonie, et la bécassine sourde, pour laquelle le catalogue des espèces et habitats des sites Natura 2000 en Région wallonne mentionne :

« En Wallonie, les principales menaces qui pèsent sur cette espèce sont la disparition des zones humides, la fermeture et l’homogénéisation du milieu ainsi que le dérangement humain sur les sites d’hivernage. On favorisera les parcelles intéressantes à l’espèce en y maintenant une végétation ouverte, un sol au moins partiellement humide et découvert. (…) La quiétude des sites d’hivernage et de halte migratoire sera préservée au maximum. » Des compétences de zoologues ne sont pas nécessaires pour deviner que ces oiseaux se porteront mieux s’ils sont entourés de terres agricoles plutôt que d’un zoning commercial et industriel.

Le principal argument motivant la construction de la route est de fluidifier le trafic. Comme le souligne notamment l’étude de Transitec, cet objectif ne sera pas rencontré sur le long terme. En effet, construire cette route permettrait d’agrandir le zoning, et cet accroissement d’activité augmenterait la pression sur le trafic local, en renforçant finalement le problème que la route de contournement prétend résoudre. Paola Goatin, mathématicienne à l’Institut national (français, ndla) de recherche en informatique et en automatique (Inria), explique que, selon le paradoxe de Braess, augmenter les routes n’a pas pour effet de fluidifier le trafic, au contraire. Elle précise : « Les recherches que nous faisons visent à exploiter au mieux le réseau routier existant pour ne plus construire de nouvelle route » . A l’heure où tous les gouvernements s’accordent à dire qu’il est urgent et nécessaire de faire des efforts afin de diminuer la production de CO2 et de ralentir le réchauffement climatique, dépenser des millions d’euros pour, au final, privilégier et augmenter le trafic automobile, pose question.

Construire des zonings loin des centres urbains témoigne d’une vision de la mobilité où la voiture est privilégiée. Nous ne sommes plus à l’époque du « tout à la voiture », mais à celle des recherches d’alternatives qui auraient un effet bénéfiques sur l’environnement, la qualité de vie et la fluidité du trafic, telles que le développement des transports en commun, du covoiturage, etc. Pour citer Paola Goatin : « La voiture ne doit plus être le premier choix. Quand le réseau est saturé, il est saturé » . Le projet de contournement et d’extension de la ZAE de Perwez traduit donc une vision de l’aménagement du territoire en désaccord avec les préoccupations contemporaines locales, mais aussi globales. La Belgique importe déjà une part très substantielle de ses denrées alimentaires de l’étranger. L’Europe, malgré la contribution des grands pays agricoles, importe l’équivalent de 23 millions d’hectares de terre agricole pour combler nos besoins alimentaires, entraînant des effets sociaux et environnementaux désastreux (paysans sans terre, déforestation, accaparement des terres, pollution des sols et des eaux, etc.). Cette dépendance est inacceptable au regard de ces impacts et présente un risque considérable pour notre sécurité alimentaire, surtout dans un contexte de changement climatique altérant la productivité agricole. De plus, de nombreuses études montrent que des initiatives d’agriculture locale sont en mesure de créer des emplois de qualité, non délocalisables. Une réorientation des politiques agricoles pourrait créer des milliers d’emplois en Wallonie . Bétonner nos meilleures terres agricoles représente un pas irréversible dans le mauvais sens. Le RéSAP rappelle que l’agriculture n’est pas seulement productrice de nourriture et d’emplois, elle crée aussi des paysages, de la culture et du lien social. Convertir une zone agricole en routes et en zoning n’a donc pas que des impacts négatifs irréversibles sur l’environnement et la production alimentaire, mais également sur le social, la ruralité et le paysages.

APPEL À L’ACTION ET À LA SOLIDARITÉ ! Nous appelons donc à un rassemblement de 10h30 à 16h00 ce 17 avril sur le chantier du pont au-dessus de la rue de l’intérieur à Perwez. Par notre action, nous rappellerons pacifiquement la détermination d’une part croissante de la population à repenser nos modes de vie et à construire notre souveraineté alimentaire avec ceux qui font vivre l’agriculture familiale et paysanne. Plutôt que des routes et des zonings, nous avons besoin de mesures structurelles construites collectivement avec la société civile, protégeant les terres agricoles et la biodiversité, privilégiant l’agriculture familiale et paysanne, pour la défense de la souveraineté alimentaire.

Contacts presse
- Stéphane DESGAIN (CNCD 11.11.11.) : stephane.desgain@cncd.be, 0475 76 90 61
- Damien CHARLES (Réseau de soutien à l’agriculture paysanne) : damien@quinoa.be, 0484 522 660
- Bernard RAUCENT (Agriculteur menacé d’expropriation, ferme de la Sarte, membre FUGEA) : raucent.bernard@belgacom.net , 0474 72 38 88


Dossier 17 avril 2017 (PDF - 1.1 Mo)

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