Famine : de l’aide d’urgence aux réponses structurelles

Famine : de l’aide d’urgence aux réponses structurelles

Le Nigéria, la Somalie, le Soudan du Sud et le Yémen connaissent une famine due pour ces quatre pays à des conflits qui précipitent une situation déjà difficile. Il faut savoir que lorsque les Nations Unies déclarent une famine, de nombreux décès sont déjà à déplorer. Aujourd’hui, les Nations Unies déclarent que plus de 20 millions de personnes sont menacées par la famine dans ces quatre pays. En fait, cela signifie que vu la difficulté de mobiliser et organiser l’aide d’urgence, on doit déjà craindre des centaines de milliers de victimes dans les mois qui viennent si l’aide humanitaire internationale n’est pas acheminée en quantité et temps suffisants. Cette situation dramatique n’est toutefois que l’arbre qui cache la forêt d’une insécurité alimentaire qui touche toutes les régions d’Afrique. Le changement climatique réduit les ressources en eau pour irriguer les sols et assurer une production alimentaire suffisante pour garantir la souveraineté alimentaire de ces pays.

Il y a six ans déjà, la Somalie avait été victime d’une grave famine qui avait fait 250.000 morts suite à une sécheresse sévère venant s’ajouter à des années de guerre civile qui avaient contribué à créer les conditions propices à la crise alimentaire. L’urgence nécessitait 1 milliard de dollars d’aide humanitaire, mais moins de 30% de cet aide a finalement pu être rassemblée par la communauté internationale. Aujourd’hui en Somalie, c’est à nouveau la sécheresse dans un contexte de conflit armé persistant qui a largement contribué à détruire des services de base déjà bien faibles et à provoquer la famine.

Au Nigéria, c’est le conflit vieux de huit années opposant les forces de sécurité au groupe terroriste Boko Haram qui met aujourd’hui près de 17 millions de personnes dans l’insécurité, contraignent 2 millions de Nigérians à se déplacer et menacent 4 millions de personnes de famine. Au Soudan du Sud, c’est la guerre civile de 2013 qui a entrainé le déplacement de millions de personnes et qui est la principale cause des risques de famines sévères.

Au Yemen, c’est la guerre sanglante menée par l’Arabie Saoudite contre les Houtis soutenus par l’Iran qui a aggravé la situation humanitaire déjà inquiétante. Le pays subit un embargo naval imposé par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les combats autour des ports ralentit les importations. Pas moins de 14 millions de personnes y sont aujourd’hui en insécurité alimentaire.

Plus de 4 milliards de dollars sont nécessaires d’ici l’été pour éviter la catastrophe dans ces quatre pays. L’ONU a déclaré que la communauté internationale est « confrontés à la plus grande crise humanitaire depuis la création de l’ONU ». La distribution humanitaire de nourriture est nécessaire dans l’urgence pour sauver des vies, mais elle ne peut répondre seule au problème structurel d’insécurité alimentaire dans les pays en développement.

Il faut également investir dans la production locale et les pratiques agro-écologiques, afin de garantir la souveraineté alimentaire dans des pays devant faire face au changement climatique. L’Afrique a la capacité de se nourrir par le développement de l’agriculture familiale. L’agriculture paysanne et l’élevage pastoral permettent des récoltes plus résistantes et nécessitent moins d’intrants et d’endettement. Pour s’adapter aux cycles et se prémunir contre l’instabilité des stocks, la constitution de stocks publics régulateurs est nécessaire. Ils garantissent la capacité de résister aux chocs extérieurs, des prix rémunérateurs aux paysans et des prix stables pour les consommateurs.

Enfin, l’extrême pauvreté est une des principales causes de la faim. C’est pourquoi il est important de développer des systèmes formels de protection sociale et de redistribution des richesses. La majorité des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des paysans du Sud qui n’arrivent pas à vivre de leur production. Répondre à ce tragique paradoxe nécessite, au-delà de l’indispensable aide d’urgence, de promouvoir un autre modèle agricole et alimentaire mondial fondé sur le soutien aux producteurs locaux et aux pratiques agro-écologiques.

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