Journée Mondiale de l’alimentation 2015

Nous ne sommes pas sur la bonne pente : Changeons de modèle agricole et alimentaire

Ce 16 octobre est la Journée Mondiale de l’alimentation. Les statistiques publiées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) annonce cette année encore une diminution de la faim dans le monde. Pourtant, cette tendance à la baisse, qui résulte surtout d’un changement de la méthode de calcul des statistiques opérée en 2012, masque une réalité moins réjouissante : le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde reste excessivement élevé.

Effet pervers

Plus grave, cette annonce risque d’avoir un effet pervers, en incitant les décideurs politiques à se détourner encore davantage d’un enjeu déjà relégué au second plan.

Derniers exemples en date : la Belgique a annoncé le démantèlement de son fonds de sécurité alimentaire. Le Fond belge de sécurité alimentaire soutient de très nombreux programmes en Afrique subsaharienne avec un budget de 25 millions d’euros par an et dont l’efficacité est reconnue par tous les acteurs : ONG, Coopération technique belge, organisations des Nations Unies.

Il y a aussi les dernières étapes du dossier des accords de partenariats économiques signés avec les pays Afrique Caraibes Pacifique. L’obstination de l’Union Européenne à imposer aux pays ACP ces accords de partenariat économique (en réalité de libéralisation) a de graves conséquences pour la sécurité alimentaire des pays d’Afrique Subsaharienne. Les organisations paysannes continuent de refuser ces accords malgré les pressions et les chantages multiples de l’Union Européenne. Les pertes de recettes douanières entre 2020 et 2035 sont évaluées à 56 milliards de $ pour les pays d’Afrique de l’Ouest. Ces pertes ne seront pas compensées par des aides européennes, elle viennent s’ajouter à l’augmentation de la dépendance alimentaire, à l’exode rural et à la pauvreté que cette libéralisation entrainera et cela dans la région du monde ou la Faim a augmenté de 46 millions entre 1990 et 2014.

Choix politiques

Si la faim ne diminue pas suffisamment, c’est la conséquence de choix politiques erronés. La signature d’accords de libre-échange empêche les pays pauvres d’assurer des prix rémunérateurs aux paysans, mis en concurrence avec l’agro-business et qui sont les premières victimes de la faim. Ensuite, les politiques d’austérité empêchent la mise en place de programmes de protection sociale, pourtant essentiels pour réduire la faim. L’UE serait également bien inspirée de mettre en place des programmes comparables aux programmes faim zéro du Brésil ou les programme d’achat et de distribution d’aliments en Inde ou au Philippines qui soutiennent les consommateurs pauvres mais aussi l’agriculture familiale en s’approvisionnant exclusivement chez des producteurs familiaux locaux.

Enfin s’ajoute à ce tableau l’incapacité des pays les plus riches et donc les plus polluants par habitants à limiter le réchauffement climatique. Celui-ci entraîne depuis déjà plusieurs années des réductions des récoltes dans Les pays tropicaux ou les zones sèches y deviendront plus sèches et les zones humides plus humides. La réduction des rendements agricoles exacerbent les crises alimentaires.

Enfin, le financement de projets qui concentrent les terres entre les mains d’une minorité, comme le font régulièrement la Banque mondiale et de nombreuses banques et fonds d’investissement, menace l’agriculture familiale qui produit pourtant 75% de l’alimentation mondiale mais doit se contenter de moins du quart des terres agricoles mondiales.

Au moment où 50% de la population mondiale, ne dispose que d’1% des richesses mondiale, ou 2 milliards de personnes souffrent de carences alimentaires et 1.4 milliards sont en surpoids la journée mondiale de l’alimentation doit tirer la sonnette d’alarme. Elle est un moment de plus pour exiger des institutions internationales et des politiques à :

- réduire les inégalités par des politiques de redistribution des richesses, renforcer la sécurité sociale et mettre en place un fond international permettant aux pays qui s’engagent dans cette voie de ne pas devoir démanteler le programme à la première crise extérieure qui survient

- défendre la souveraineté alimentaire et revoir les accords commerciaux qui entravent sa réalisation

- mettre en place une transition vers un modèle agricole basé sur l’agro écologie avec un programme de désendettement des producteurs européens
-  défendre un modèle alimentaire relocalisée et solidaire qui ne propose pas de produit durables et de qualité qu’à une minorité. En attendant un renforcement de la protection sociale, développons les épiceries solidaires

- interdire les pires pratiques de l’agroalimentaire (production standardisée et déséquilibré, déplacement insensé d’une production mondialisée, utilisation d’additifs, …)

- soutenir la multitude d’alternatives locales à ce modèle industriel et concentré à l’instar des initiatives de tant de citoyens, de chercheurs, de paysans et de collectivités locales.

Stéphane Desgain, chargé de recherche Alimentation au CNCD-11.11.11, 0475/769.061


Communiqué de presse (PDF - 187.9 ko)

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